Système T
Système T explore un matériau des espaces invisibles, les interstices de nos habitations. La gaine plastique ICTA* fabriquée en polypropylène est habituellement utilisée pour protéger les câbles des installations électriques. C’est un matériau recyclable et peu cher qui résiste aux chocs et aux intempéries. On en trouve presque partout dans le monde. Il circule dans les "sous-communs"** : entre les murs, les parois des maisons, les sols, sous les trottoirs de la ville, les tunnels du métro, entre la terre et le béton, le sable et le goudron. La gaine est décomposée puis ré-assemblée à la main selon une technique de tissage de perles. Ce processus lent de mise en œuvre artisanale cherche à inverser une logique de croissance, à s’attarder sur le présent pour le ré-organiser, le préserver. La technique mise à jour ne dépend d’aucune machine mais seulement de quelques outils low-tech, nécessaires au besoin du projet. En découlent d’infinis variations de rythmes colorés, de densité et de formats qui sont pensés sur mesure et composent avec le « déjà-là ».
« Système T » propose une alternative à la consommation de la matière et de la standardisation industrielle qui ouvre à de multiples appropriations personnelles. En dénudant les structures et les couches de l’habitation, le projet questionne les dispositifs qui séparent le privé de l’extérieur, le caché du visible et fait écho à ce qui construit nos besoins d’intimité.
De cette recherche est née Turborama, une cloison qui se déploie comme un rideau, fonctionnelle aussi bien en intérieur qu’en extérieur en tant que séparation d’espace et écran filtrant. Le changement d’échelle de la perle remplacée par un matériau de construction permet de se projeter non plus à l’échelle du corps comme pour la confection de bijoux mais à une échelle architecturale.
* Isolant Cintrable Transversalement Annelé
** Terme emprunté à Stefano Harney et Fred Moten issu de leur livre "Les Sous-Communs, plannification fugitive et étude noire"
Support Federation Wallonie Bruxelles
Eclairée tant par les utopies du sociologue Yona Friedman que par la vision radicale d’Ivan Illich qui distingue le fait « d’être logé » et « d’habiter »; j’ai trouvé l’inspiration dans les pratiques dites vernaculaires*, en étudiant les différentes typologies d’éléments architecturaux légers et mobiles qui protègent du soleil et apprivoisent la lumière. La fenêtre devient le point d’intersection entre le dedans et le dehors. Elle relie le public à l’intime. J’ai déplacé cet élément hors du cadre jusqu’à le rendre autonome. Des systèmes d’ouverture et de lestage sont ajoutés pour diversifier et multiplier son contexte d’usage. Par ce déplacement, j’interroge la portée narrative et la signification de cet objet domestique. L’ornement agit comme un principe d’harmonie et d’équilibre, utilisant le motif du damier en temps que langage commun, un pouvoir d’orchestration.
Système T revient sur le caractère anthropologique du textile qui reflète l'histoire de l'humanité tout en illustrant simultanément la dimension sociale du travail. Le store vient du latin « storea » qui signifie natte; un tissu de paille, de jonc ou de roseau servant à couvrir les planchers ou à revêtir les murs des chambres. Pour le théoricien Gottfried Semper, l’architecture commence par le textile et non par le mur en brique. Ce sont ainsi ces éléments légers et tissés qui indiquent que l’architecture est avant tout née d’objectifs climatiques.
* par vernaculaire je pense à l’architecture traditionnelle héritée qui s’inscrit dans une continuité, en temps que processus évolutif. Les influences extérieures, l’évolution même des besoins des gens la modifient, la transforme petit à petit.










































